11 فبراير 2011

La révolte se répand

Précisons d'emblée que le changement du régime diffère foncièrement du changement des personnes qui le conduisent. La démission de Moubarak ne peut être assimilée à un changement concret dans les politiques menées par l'Etat égyptien. Certes, le Président a quitté le pouvoir, sa politique générale reste néanmoins opérationnelle.

Parmi les questions influentes qui s'imposent : " La paix convenue avec Israél, incarne t-elle la véritable cause ayant débouché sur les contestations qui ont acheminé Moubarak vers l'éviction? ". La convention de paix avec Israél a 33 ans d'autant plus que la réaction populaire vis-à-vis de ladite convention au moment de sa conclusion était beaucoup plus faible comparativement aux milliers d'égyptiens qui ont ravagé aussi les agglomérations urbaines que les régions rurales les plus défavorisées pour exaucer une revendication d'intersection aux yeux de la majorité écrasante des formations politiques, syndicales et associatives : " le départ immédiat et incontesté du Président " qu’elles jugent être à l'origine de l'accentuation de la crise sociale qui sévisse dans le pays et qui résulte essentiellement des plans d'ajustement structurel dictés par le FMI et la Banque Mondiale.

Moubarak jouissait de la confiance de l'Occident, il alignait sa politique extérieure sur la vision occidentale en matière du conflit israélo-palestinien. En 2008, il a intensifié son impopularité en entérinant tacitement la guerre de Gaza. Dans le contexte de la présence occidentale au Moyen Orient par ses divers aspects, il est incontournable de remarquer que les événements fortuits et "insaisissables" de Tunisie et d'Egypte réfutent intégralement la stratégie à la suite de laquelle l'allié politique décide librement d'affermir l'autoritarisme politique intérieur en contrepartie de son alliance aux puissances de l'empire du soleil couchant.

Nul ne peut contester que l'Occident a octroyé à ses alliés arabes au Moyen Orient l'assentiment de bâtir des gouvernements policiers, tortionnaires de leurs peuples en vue de pacifier les corridors régionaux à Israél. L'Occident a par conséquent contracté des alliances fugaces avec des "autoritaires révocables" aux dépends "des régimes durables", c'est inéluctablement le pêché organique de la politique occidentale au Moyen Orient et qui serait comblée par la différenciation entre la politique extérieure et la politique intérieure, soucieuse de la justice sociale, de l'allié politique disposé à œuvrer de concert avec l'Occident.

Le bourreau chez lui et le " pondéré" ou le " réaliste" à l'égard de l'Occident est dorénavant une carte brûlée se transformant en étalonnage en cendres des temps de mutisme.

Au demeurant, l'échec flagrant de la légitimation silencieuse de l'autoritarisme politique ne rend pas la gestion de la crise par Moubarak et ses proches commis dénuée d'erreurs cruciales.

Lors de sa dernière parution sur la télévision officielle, Moubarak reprend les déclarations contenues dans ses précédentes allocutions. Toutefois, la délégation de ses pouvoirs à un vice-Président qu'il a nommé récemment a encouru violemment les foudres de la Constitution captive façonnée par les pratiques autoritaires voire despotiques de l'ex-Président. Est- il conforme au Droit constitutionnel qu'un vicaire de mandat électif national puisse le déléguer à une personne qu'il désigne? Si l'on en fait une lecture téléologique on comprendra facilement qu'un principe infranchissable circonscrit le mandat national. Ce principe consiste en l'inaliénabilité du mandat, la Nation a élu son régent, titulaire désormais de pouvoirs de définition de la politique nationale, celui-ci ne peut concéder les droits attachés à son élection à un autre qu'à titre momentané et pour exercer des activités déterminées au préalable par l'acte délégant . Signalons également que les missions du délégataire ne peuvent s'arroger l'ensemble des fonctions Constitutionnelles imparties au chef de l'Etat à moins que ce dernier soit empêché, dans cette hypothèse, la Constitution n'est pas muette, elle prévoit les autorités qui assureront la suppléance jusqu'aux nouvelles élections Présidentielles. Somme toute, l'élu (le Président de la République) détient la prérogative d'investir une personne de missions administratives ou exécutives spéciales sans pour autant porter préjudice à la constitutionnalité du fonctionnement institutionnel. En outre, la carrière publique du vice-Président Omar Souleymane, chef des services secrets, revêt, à l'instar de celle de son Président, une impopularité outrée. Admettons in fine que les tâtonnements de Moubarak destinés à calmer les tensions des masses, n'étaient aucunement idoines.

En conclusion, la phase de l'anéantissement du despotisme s'est achevée, les défis se ramenant à la conservation des acquis de la révolte ainsi qu'à la reconstruction de l'Etat en fonction de la volonté populaire sont plus pesants que la démolition triomphale du "rempart de peur".